Publié dans HoldUp237, Socioscopie

Tribalisme au Cameroun : Replis identitaires ? replis culturels ?


L’actualité camerounaise est de plus en plus marquée au fer rouge par des propos et actions aux clivages tribalistes. Quelques mois après le grand dialogue national qui a donné l’occasion au fils de la Nation Cameroun de se parler sans langues de bois et à quelques semaines des élections locales, les faits de société et les joutes virtuelles sont sources de préoccupation pour tous ceux qui aspirent profondément et authentiquement à la paix et à la prospérité du Cameroun.

Les émeutes de Sangmélima ont mis à la lumière du monde un mal-être communautaire qu’on retrouve chez des peuples patrimonialement originaires de contrées désormais occupées par d’autres peuples qui ont historiquement migré depuis leurs fiefs pour « chercher la vie ». Ces migrations ont engendré des brassages interhumains, des acquisitions domaniales, des transpositions culturelles, des fortunes dynastiques…transformant lesdites contrées en de nouveaux territoires hybrides métissés, vecteurs de bonheur et de bon vivre durant plusieurs décennies, bon-vivre mis à mal par la conjoncture économique et la dynamique du climat socio-politique.

Kamerun ou l’histoire du brassage des peuples

L’histoire du Kamerun est bâtie sur l’histoire des interactions de ses peuples. Autrefois adversaires circonstanciels dans les conquêtes de territoires, ils furent des alliés solides face aux ambitions coloniales des Allemands et incubèrent le nationalisme qui provoqua l’indépendance de notre Nation, sous un format bicéphale politico-linguistique. Aucune contrée, aucune tribu, aucun peuple Camerounais ne se déroba devant le devoir instinctif de protéger notre Nation des intérêts impérialistes de l’occident. Tous luttèrent et payèrent de leurs richesses et de leur sang pour qu’un jour, notre cher pays se tienne debout et jaloux de sa liberté. L’histoire authentique de l’UPC nous le montre à souhait : nos martyrs venaient de « partout » et allaient partout.

Ce n’est donc pas aujourd’hui que nous avons appris à vivre ensemble : nos ancêtres, connaisseurs de nos histoires depuis les rives du Nil, occasionnellement adversaires devant les nouveaux territoires, savaient se souder les coudes quand l’enjeu l’exigeait. Ils savaient accueillir l’autre au centre de la case, lui prêter couche pour dormir et subvenir à ses besoins. Seulement, la configuration moderne et administrative est passée par là : des frontières ont été délimitées, des peuples déplacés, des noms de baptêmes données. Ces attributs acquis ont aujourd’hui contaminé nos patrimoines originels dont la substance de départ se dissout peu à peu, ce qui préoccupe les gardiens de la tradition, soucieux de l’intégrité de l’authentique patrimoine culturel. Dans ce grand mix humain et social, ajoutez-y une dose de politique, un zeste de mal gouvernance, une tranche de crise économique et…vous avez un coktail molotov des plus dangereux, où chaque ingrédient, naturel ou importé, peut provoquer l’explosion à tout moment.

Quand la politique s’y mêle et s’en nourrit

Ne nous trompons pas, le mal être est grandissant depuis l’avènement du multipartisme, qui a généré une version 237 de politique ethnocentrée, où chaque leader politique s’appuie sur sa communauté ethnique pour émerger. Seuls quelques élus locaux des grandes métropoles font l’exception qui confirme la règle. De ce fait, ces individualités politiques ont semé et nourri le désir de conquête du pouvoir en chaque communauté, qui voit désormais en l’autre la cause de son mal-être et agit désormais par favoritisme dans chacune des sphères sociales, aussi petite soit-elle. Cette ambition pervertie de conquête du pouvoir, gloutonne, se nourrit des mal-être communautaires, stigmatise les autres. Loin de moi l’intention de nier ces mal-être qui pour la plupart sont essentiellement économiques et fonciers.  Des questions méritent d’être posées.

Condamnés ensemble

Le bon-vivre issu des différents brassages a donné naissance à des générations de Camerounais « métisses », que ce soit par le sol ou l’union d’ethnies différentes.  Ils ont dans leurs héritages culturels ces patrimoines enchevêtrés de façon homogène. Je ne peux m’empêcher de me demander comment se sentent-ils face à ces appels aux replis identitaires, avec pour alibis soit les patrimoines culturels à préserver, soit le bien-être communautaire à quêter. Où iront-ils ? qui choisiront-ils ?

44375370_197887674445265_1079569171202703360_o

Il faut avoir le courage d’avancer. Il faut continuer de se parler en toute vérité. Le Cameroun est désormais un coktail indissociable et aucun ingrédient ne peut plus s’y extraire sans détruire le mélange, s’autodétruisant par la même occasion.  Il faut identifier notre complémentarité et surtout apprendre notre véritable histoire, celle de nos peuples. Ainsi nous comprendrons que nos replis culturels balkanistes sont insensés, car nous sommes tous issus de la même fève, nous avons tous la même sève qui coule en nous.

Ou on vit ensemble, ou on meurt ensemble.

Auteur :

Entrepreneuriat, TIC, Pub, culture, digital, marketing & media, photographie amateur, Relations humaines... la valse de mon quotidien au rythme des mots. Welcome to my world

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s