Publié dans Socioscopie

Nous sommes des Commandos


Jadis héros de notre sécurité, aujourd’hui hérauts de nos divergences

Hier bien-aimés, aujourd’hui mal-aimés.

Aussi longtemps que remontent mes souvenirs, mon premier rapport conscient avec les Forces armées camerounaises s’est fait au travers du mythique ensemble musical : Zangalewa. Enfant de la génération 80 aux prémices de la télévision nationale camerounaise, j’ai  vu ma tendre enfance bercée par le style burlesque de ces voix et instruments de notre armée. Le mythique « Zamina mina, aka waka waka » qui fut des décennies plus tard plagié par Shakira a semé en moi les graines de mon amour pour le métier des armes.

Cet amour a été accentué quand 2 ans plus tard, en 1993 je découvre le vidéogramme de la chanson « Commando ».  Cette vidéo est une compilation d’exercices de nos valeureux soldats. Je fus émerveillé et je nourris l’ambition d’associer à vie mon épiderme, ma conscience et mon cœur au treillis. C’est avec la même émotion que je revois à chaque fois ce clip et que je fredonne ce refrain : « commando, commando, nous sommes des commandos. Ayééé, nous sommes des commandos ».


Si notre armée a souvent été traitée durant quelques années de paresseuse, il n’en est pas le cas. Si elle a failli imploser en 1984 à la suite du putsch manqué du 6 avril, elle a depuis le temps répondu présente face aux menaces sécuritaires intérieures et extérieures auxquelles notre pays a fait face :

  • Le conflit frontalier avec le frère Nigéria
  • Le phénomène des coupeurs de route
  • Le grand banditisme dans les villes principales de Douala et de Yaoundé
  • Le phénomène Boko Haram dans le septentrion
  • Les effets étendus de l’instabilité chronique de la Centrafrique à l’est
  • Les effets étendus des conflits internes au Tchad (et ses putsches) et au Congo,
  • Le conflit séparatiste du NoSo.

Voilà quelques situations sécuritaires majeures que je connais. A cela il faudrait ajouter la grande tradition camerounaise de contribuer avec ses ressources humaines aux opérations de maintien de la paix sur les cinq continents.  Mais combien de périls jamais rendus publics nous ont-ils évité ? Seuls ceux dans le secret le savent.

Aujourd’hui, face aux différentes crises multiformes que le Cameroun subit, notre armée premier rang des accusés. Aujourd’hui, l’actualité est tristement ponctuée par des rapports de faits macabres donnant froid dans le dos, attribuant la responsabilité, à tort ou à raison à notre armée.  Le verre du désamour avec nos hommes de guerre se boit.

Mais nous oublions une chose : notre armée est faite d’hommes…de chair et de sang.

Si elle est le corps par excellence qui doit faire preuve d’exemplarité, car détenant la capacité humaine et logistique d’ôter la vie et la mort aux personnes, il n’en demeure pas moins qu’elle subit et paie un prix bien plus lourd pour un retour bien plus ingrat.

Notre armée est constituée d’hommes et de femmes comme nous, faites d’émotions, même si leur entrainement et leurs préparations les ont conditionné à faire preuve d’une certaine maitrise. Eux aussi font des rêves pour eux, pour les siens et pour notre pays, au travers du viseur  de leurs canons pointés sur l’ennemi. Si nos conjoints nous font des misères, eux aussi subissent celles des leurs. Si le coût de vie nous handicape, eux aussi sont handicapés. Si l’état de nos routes nous désole, eux aussi sont désolés. Si le retrait de la CAN 2019 nous a couverts de honte, eux aussi ont honte. Mais seulement, à la différence de nous autres, ils n’ont pas le loisir de se défouler sur leurs claviers et d’engueuler tout le monde. Ils n’ont pas le loisir de refaire le monde.

Nos soldats ont choisi de faire taire leurs opinions pour préserver les nôtres dans toutes leurs diversités, s’affrontant au gré de l’actualité. Sur les champs de bataille, ils  n’ont pas ce luxe de choisir de protéger un bamiléké au profit d’un bassa ou de favoriser un beti au profit d’un moundang. Non. Ils n’ont pas le luxe de se présenter d’abord par leurs appartenances tribales au-dessus du drapeau camerounais. Ils ne connaissent pas le bonheur quotidien de voir son enfant grandir, de boire un verre après le boulot avec leurs amis. Tous les jours, ils font face à l’ennemi, mettant en péril leurs vies pour préserver les nôtres. Quand Nchout Ajara à la 95e minute nous fit tressaillir de joie, certains d’entre eux étaient planqués dans les buissons depuis des heures, immobiles, à l’écoute du silence, attendant d’intercepter l’ennemi. Pendant ce temps-là, ce sont des femmes qui supportent la solitude des nuits froides, ce sont des enfants qui font avec l’absence d’un père, ce sont des parents qui sursautent à chaque fois qu’un numéro inconnu apparaisse sur l’écran de leurs téléphones, redoutant un appel porteur d’une triste nouvelle.

Nos soldats ne sont pas des robots. Ils sont faillibles et peuvent faire des erreurs, des erreurs très graves même. Si l’erreur du balayeur de rue peut causer une fracture, celle d’un soldat peut coûter une vie : aux grandes capacités  les grandes responsabilités. Mais ne devons-nous pas les « protéger » ? Oui, il faut sanctionner les exactions des brebis galeuses…Non, il ne faut pas désacraliser l’armée et la réduire à un corps lambda, sujette d’insultes et d’opprobres parce que le régime en place est combattu.

 

Il peut arriver que nos soldats craquent, il peut arriver qu’ils perdent leurs sang-froid. Pour cela, les auteurs doivent être sanctionnés. Mais nous ne devons pas la e-lyncher. Nous devons prier pour elle, l’honorer, et manifester autant que possible de l’affection et de l’amour à leurs proches qui paient au quotidien le prix de leur absence pour la garantie permanente de notre sérénité continuelle.

Nos soldats nous protègent en faisant face aux ennemis, protégeons les également dans nos différentes prises de paroles, publiques ou privées.

C’est aussi grâce à eux que ce pays n’est pas tombé. Rendons à César ce qui lui revient…et à l’armée ce qui lui revient.

En ce jour de deuil national, pouvons-nous prendre le temps de méditer et de déverser sur notre terre patrie, notre chère chérie, des énergies positives, empreintes de gratitude et de paix.

« Commando ! Commando ! Nous sommes des commandos ! Ayééé nous sommes des Commandos »

A notre armée, la patrie reconnaissante.

Le Cameroun ne tombera pas !

Auteur :

Entrepreneuriat, TIC, Pub, culture, digital, marketing & media, photographie amateur, Relations humaines... la valse de mon quotidien au rythme des mots. Welcome to my world

2 commentaires sur « Nous sommes des Commandos »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s