Publié dans Nouvelles, Socioscopie, The Blog Contest

Comment faire le bon choix?


Papa,

Dimanche dernier, pour la première depuis au moins une dizaine d’années, j’ai pleuré en pensant à toi. J’étais si mal, si triste, si fade.  En proie à ce mal-être, j’ai muré l’écho de ton absence dans le silence de ma douleur. C’était la fête des pères…et mon père n’était pas là.

20 ans déjà que tu nous as quitté, emporté par cette maladie. La dernière image que j’ai de toi, c’est celle où tu prenais place à l’arrière de cette voiture qui t’emmenait vers le village. « Je reviens fiston, ça va aller » m’as-tu dit.

Mais tu n’es plus jamais revenu.

Hier encore Maman m’appela pour me demander de rendre visite à sa tante malade et de lui remettre un peu d’argent. Je lui ai promis de le faire ce week-end. Je ne sais pas encore où je trouverai ces sous, mais oui je le ferai. Je revois tous ces tontons et tatas qui nous rendaient visite très régulièrement à la maison quand tu étais là, je comprends pourquoi. Aujourd’hui, c’est avec nostalgie et reconnaissance qu’ils me racontent à l’occasion des anecdotes de toi. Tu étais leur pilier. La semaine prochaine, j’ai promis à tonton Joe de lui acheter un pulvérisateur afin qu’il puisse entretenir la concession du village. Ça va me coûter mes pause-déjeuners du prochain mois…mais je le ferai papa.

Ma vie de jeune adulte est tout sauf un fleuve tranquille. Je cours, je tombe, je pleure, je rampe, saignant, je me relève. J’ai goûté au plat de la trahison. La lueur de la lune m’a montré l’ombre du poignard planté dans mon dos. La même période, j’ai traversé le désert de la perte d’emploi et essuyé la tempête de la rupture de ma relation amoureuse. Je connais la satiété de la privation pour que Maman ne manque de rien. Elle n’est pas d’accord avec ça je te l’avoue. Mais quand je regarde ce grand lit dans lequel elle dort toute seule depuis tant d’années, je me dis qu’elle mérite la double portion.

Une fois dans la rue, un homme m’interpella depuis son véhicule. Il me demanda si je te connaissais. Je lui répondis que j’étais ton fils et il insista pour me déposer. C’était un de tes anciens collaborateurs. Il me raconta comment tu validas son recrutement, toi jeune et prometteur directeur commercial d’une des plus grandes PME de ton époque. Il m’expliqua comment tu le format. En me déposant, il me dit : « Mon fils, si ton père avait fait le bon choix, il serait certainement l’un des patrons de l’économie de notre pays ». Cet ancien collaborateur est le PDG de l’un des plus puissants groupes d’entreprise nationaux.

credit photo: google

Depuis un moment déjà, Maman  me parle avec subtilité et finesse de certaines jeunes femmes de son entourage. Elle veut me caser. C’est à la fois doux et embarrassant. Je me demande comment tu as fait pour la dénicher. Une femme si belle, si aimable, si vraie. Elle ne m’a jamais imposé un de ses choix…sauf pour la candidature au fameux recrutement des 25000 emplois. Elle a vite compris que c’était peine perdue. Papa, tu sais, Maman a assuré comme un chef, pour vous 2. Ce n’est pas Rogi qui me le démentira. Voilà 5 ans qu’il vit en Europe, grâce aux efforts de Maman, juste après mon diplôme dans une grande école internationale. Je ne sais pas comment elle a fait pour financer tous ces projets d’étude, mais elle y est arrivée. J’aimerai racheter toutes ses années de privation où tu n’étais pas là et où elle a dû assurer ce rôle hybride. Par-dessus tout, elle a su nous montrer le chemin, la vérité et la vie. Jusqu’ici nous maintenons ce cap.  Maman c’est notre héros.

                                      credit photo:  google

J’ai tellement de choses à te dire tu sais… ces 20 années sans toi ont été longues. Quelques mois après ton décès, je surpris Maman au milieu de la nuit, pleurant dans votre chambre. Ce soir-là, je la pris dans mes bras…ce soir-là, je n’allais jamais plus être le même, transportant pour toujours avec moi ce zeste de mélancolie qui désormais marque mon visage.

Ce jour-là, avant d’entrer dans cette voiture qui nous séparait pour toujours, j’aurai aimé que tu me dises une seule chose : comment faire le bon choix à chaque fois. Pour cela, il aurait fallu que tu sois encore en vie.

J’espère au moins que tu es fier de moi.

Tu me manques, Papa.

 

 

Cet article a été écrit en marge du Blog Contest Saison 5 dont le thème #2 était « ce que j’aurais aimé qu’on me dise ». Je vous invite à lire les articles des challengers de la saison actuelle, de magnifiques plumes:

Alain 

Laetitia

Elijah

Jay Dee

Fafa

Fedna

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Auteur :

TIC, Pub, culture, digital, marketing & media, photographie amateur... la valse de mon quotidien au rythme des mots. Welcome to my world

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