Publié dans Blogging and Changing, Socioscopie

Les médecins camerounais, nos (z)héros


Les circonstances de la vie nous connectent à des personnes qui par la force des choses se lient à nous par alliance ou amitié. Mon passé d’apprenant en classes scientifiques m’a donné plusieurs amis médecins, devenus aujourd’hui des frères et sœurs. A leurs côtés, j’ai vécu leurs parcours : des nuits sans sommeil, le récit de leurs premières chirurgies, les nuits de garde agitées, les premiers décès des malades qu’ils suivaient… j’étais dans les coulisses de la fin de leurs innocences et de la construction de leurs consciences… Mon admiration pour eux se mut en profond respect quand leurs parchemins obtenus ils furent affectés dans les 4 coins du Cameroun, très souvent dans des contrées perdues, sans électricité et parfois sans réseaux téléphonique.

Discuter avec eux lors de leurs permissions était pour moi des moments privilégiés. De retour à la civilisation, ils me racontaient leurs péripéties…oui, péripéties, car effectuer des accouchements de nuit, à l’aide de lampe-tempêtes et de torches électriques…sans couveuses…fallait le faire. Oui, pour moi, ces jeunes médecins étaient mes héros…jusqu’à un fameux après midi de mars 2016.

De héros à zéro…

Cet après midi là,comme la plupart des camerounais connectés, je recevais dans ma messagerie whatsapp une vidéo qui me remplit d’effroi… une jeune fille éventrant une dame à l’air libre, extirpant de son corps inanimé des bébés condamnés à s’éteindre, sous le regard ébahi des témoins, tout ceci sous le porche d’un pavillon hospitalier. Sacrilège ! Faire couler du sang parce que le corps médical a tourné le dos à ses responsabilités. Je leur en ai voulu, à tous les médecins, y compris mes héros d’hier, devenus le temps d’un après midi des zéros.

 Comment avaient-ils osé ? le choc de l’indignation était si important que j’en avais oublié tous les récits épiques de leurs prises de responsabilités afin de sauver la vie d’enfants mal nourris, devant parfois braver des parents qui voulaient s’en remettre aux marabouts et autres sorciers du coin. A mes yeux, ils étaient aussi coupables de l’opprobre du personnel défaillant de Laquintine ce jour là. J’oubliais Tous les efforts de Sandra qui, dans un village du Nord-ouest,  dut affronter un puissant chef traditionnel afin de lui faire comprendre l’importance de faire jouer son influence pour obtenir plus de moyens de la part du chef de district. J’oubliai Bintou qui a accepté servir dans une contrée enclavée,  non couverte par réseau téléphonique, accessible uniquement par aéronef… Que dire de Frank et Marina qui devaient annuler nos sorties et rendez-vous du week-end pour accompagner le Dr Gérard Bwelle dans ses campagnes de santé dans des villages enclavés ? Que dire de mon frangin Joël, qui, s’évertue à organiser une campagne de santé avec quelques camarades dans des villages ne disposant pas de médecins dentistes ?

Huit mois plus tard, je me suis rendu volontairement aux côtés de milliers de Camerounais, afin de donner de mon sang, suite à l’hécatombe d’Eseka quelques jours plutôt. La banque de sang de Laquintinie ne désemplissait pas. Les 4 heures passées sur place m’ont donné d’observer le staff en fonction. Ils étaient visiblement fatigués, mais servaient sans relâche, sans répit. Les traits tirés de leurs visages contrastaient avec la détermination que j’ai lu dans leurs regards…et l’humanisme ! Oui, de l’humanisme ! Cette valeur que tout le monde s’accorde…ou s’accordait à reprocher son absence dans leurs comportements au quotidien. Dans leurs gestes, leurs sourires, leurs paroles gentilles, leurs plaisanteries pour rassurer…je me suis senti important, je me suis senti digne, je me suis senti Homme ! Cette blouse blanche reprenait soudainement tout son éclat et son symbole à mes yeux : l’espoir renaquit.  Le lendemain, j’y suis retourné cette fois avec mon association « Au nom de nos enfants » pour leur apporter sandwiches et eau minérale. Dans le regard de plusieurs, j’ai cru voir des larmes de joie et de reconnaissance…que dire de ce médecin aux urgences qui refusa de recevoir son sandwich, tellement il était concentré à consulter un blessé ?  Que dire des embrassades chaleureuses des infirmières ? Tous avaient un mot dans la bouche : Merci !!!

Nous sommes naturellement enclins à tirer sur le corps médical, à tort ou à raison, lorsque nous perdons des malades…soit. Mais peut-il en être autrement dans un contexte socio-politique comme le nôtre ? Au quotidien, ils ont la responsabilité de nos vies et doivent donner leur maximum dans des conditions parfois très difficiles. Au quotidien, ils doivent, tel un phœnix, renaitre de leurs désarrois et frustration et continuer à donner le meilleur d’eux. Nous les chargeons quand la situation tourne au vinaigre, nous les oublions lorsque nous guérissons.. Oui, nous remercions Dieu, oubliant les instruments vivants qu’ils sont. Oui, Franck, Sandra, Bintou, Marina, Staelle, Rodrigue, Marie, Joël et tous ces médecins anonymes de nos mémoires, qui au quotidien nous soignent…vous êtes des héros…mes héros.

Ce post est ma contribution à la campagne « Santé pour tous » initiée par un collectif de blogueurs camerounais. Merci de suivre le fil des publications via le hashtag #SantéPourTous. Je vous invite à parcourir également les posts des autres blogueurs à cet effet:

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Auteur :

Entrepreneuriat, TIC, Pub, culture, digital, marketing & media, photographie amateur, Relations humaines... la valse de mon quotidien au rythme des mots. Welcome to my world

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